Il existe, dans le camionnage, des tâches qui semblent « normales » simplement parce qu’elles existent depuis toujours.

Le lancer de courroies en fait partie.

Un geste simple en apparence, mais qui devient exigeant lorsqu’il est répété jour après jour, souvent sans échauffement, parfois par temps froid, avec des chargements en hauteur et des contraintes physiques bien réelles.

Marc Dion résume l’origine du problème en un mot : la répétition.

Un mouvement répété, avec un poids de plusieurs livres à lancer en hauteur, exécuté plusieurs fois par jour, par des camionneurs qui ne sont pas toujours échauffés après plusieurs heures de route.

Dans ces conditions, le risque de blessure augmente inévitablement.

Le vrai problème : un geste physiquement exigeant et répété

Selon Marc, dans certaines opérations, les camionneurs manipulent plusieurs courroies, et ce, 3 à 4 fois par jour.

Plusieurs facteurs augmentent les risques :

  • la hauteur (jusqu’à environ 14 pieds)

  • le poids (la chaîne au bout de la courroie peut atteindre environ 3,5 lb)

  • l’effort requis pour projeter les courroies correctement

  • le contexte réel : conduite, arrêt, chargement, action immédiate sans échauffement

Après plusieurs heures au volant, le corps est « froid », puis passe directement à un effort physique soutenu et répétitif.

C’est souvent à ce moment que les blessures surviennent.
Sans compter qu’il faut également enrouler les courroies et les tendre pour arrimer les chargements.

L’étincelle : “Inventez-nous quelque chose”

L’histoire n’a pas commencé dans un bureau.

Marc explique que l’impulsion vient d’abord du terrain : des camionneurs lui ont demandé d’inventer une solution pour éviter de « se décasser les bras » et réduire les blessures.

Il évoque également un cas marquant : une personne qui aimait le métier, mais qui n’était pas capable d’effectuer efficacement ces manipulations de courroies.

Selon Marc, cette limite physique lui a fermé non pas une, mais plusieurs portes.

Le message est clair :
si le métier veut attirer davantage de profils ou maintenir des camionneurs en poste,il faut des outils adaptés.

Douze ans de développement : du manuel au pneumatique

Marc situe le début de cette évolution à environ 12 ans.

Les premières versions étaient plus lourdes : un manche en aluminium en deux sections, robuste, mais pesant. Fonctionnel, mais imparfait.

L’objectif était clair : trouver un équilibre entre solidité, légèreté et durabilité.

L’outil a évolué par itérations :

  • alléger sans fragiliser

  • renforcer les zones vulnérables

  • tester, casser, ajuster

  • recommencer

Après un certain temps, certaines configurations cassaient.
Marc a tenté d’ajouter des renforts internes (« baguettes »), mais ce n’était pas toujours suffisant.

Il fallait trouver une combinaison réellement durable.

Pourquoi le lance-courroie multi-usage et le godet sont apparus

La lance à embout multi-usage et le godet ne sont pas des éléments esthétiques.

Ce sont des réponses à un besoin précis.

Marc explique que certains utilisateurs trouvaient encore l’outil trop exigeant lorsqu’ils lançaient la courroie « avec la chaîne ».

En roulant la courroie et en la plaçant dans un godet, l’effort diminue.

Le geste devient davantage un mouvement de guidage et de projection contrôlée.

L’objectif :
réduire la charge, simplifier le geste et rendre l’action plus accessible, notamment pour les personnes ayant des contraintes physiques.

Le déclic du pneumatique : l’air comme force stable

Le passage au pneumatique découle d’une observation simple.

Marc explique avoir vu un réservoir d’air utilisé pour produire une poussée dans un contexte mécanique.

Il comprend alors que ce principe pourrait servir de base :
non pas pour compliquer le geste, mais pour le rendre plus stable, répétable et moins dépendant de la force physique.

Mais adapter ce principe au lancer de courroies n’était pas automatique.

L’un des enjeux majeurs a été l’angle : sans le bon angle, l’air crée un coussin qui ne pousse pas correctement.

Marc affirme avoir réalisé une dizaine d’itérations d’embouts, en ajustant et en testant, jusqu’à obtenir la bonne géométrie.

La sécurité : “comme une arme à feu, ça prend une sécurité”

Marc insiste sur un point : dès qu’on introduit une poussée d’air, la sécurité devient prioritaire.

Il a donc intégré un mécanisme basé sur un principe simple :
une action ne doit jamais pouvoir se déclencher accidentellement.

Le système fonctionne en double action :

  • activer un cran de sûreté

  • puis appuyer sur la gâchette

Sans la première étape, la seconde ne produit aucun effet.

L’objectif : éviter tout déclenchement involontaire.

Un effet terrain inattendu : les courroies “twistées”

Marc mentionne un problème opérationnel souvent peu abordé : certaines courroies se retrouvent « twistées » lorsqu’elles sont lancées manuellement.

En hiver, une courroie mal positionnée devient rapidement une contrainte importante.

Selon lui, le pneumatique permet un lancement plus précis, réduisant le risque que les courroies se tordent et assurant une installation plus fiable.

Pourquoi ça a de l’avenir

Marc distingue deux profils :

  • ceux qui privilégient le lance-courroie manuel

  • ceux qui auront besoin du pneumatique

Mais sur un point, il est clair :
avec le vieillissement de la main-d’œuvre, la demande va augmenter.

Selon lui, lorsqu’un utilisateur adopte un outil qui réduit l’effort et sécurise le geste, il ne souhaite plus revenir en arrière.

Une innovation née d’un geste trop longtemps normalisé

Cette histoire n’est pas celle d’un produit issu d’un catalogue.

C’est celle d’un geste répété, normalisé, accepté pendant des années…
jusqu’à ce que des camionneurs eux-mêmes demandent une autre façon de faire.

Le lance-courroie pneumatique est né d’un enchaînement simple :

  • Identification d’un problème réel 

  • écoute des besoins

  • création de prototypes 

  • essais technique et test 

  • finalisation de la solution sécurisée

 

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23 mars, 2026 — Rig Craftor